11/10/2008

Montréal la nuit 1960-67


Voici la petite histoire d'un des rares standards de jazz québécois: "Montréal la nuit".





Cette pièce a été enregistrée par 5 artistes différents dans les années 60.  La pièce décrit le Montréal du Red Light donc avant le Yé-yé, avant le Rock n' Roll; mais surtout, avant le nettoyage de Jean Drapeau (maire) et Pax Plante. Même en 1960 ce Montréal était presque complètement disparu.


La version originale (1960) est créditée à Moe B (texte) et Ray Denis (musique). Selon le site des Disques Mérite , Maurice Bourbonnais et Raymond Denis formaient: "un duo fantaisiste qui connaissait beaucoup de succès dans les cabarets montréalais dans les années 50". À part pour ce 45t, le duo aurait également fait un LP (Ray Denis et Moe B. en Party) sur lequel on peut entendre une version "en concert" de la pièce. 

La version original est un peu fade lorsqu'on la compare à ce que ses successeurs en feront. Elle est jouée lentement, façon blues et en quatuor (Piano, basse, batterie, trompette). Sur l'étiquette on peut lire "L'Orchestre de Marcel Desroches".  Ray Denis (à la trompette) est le seul musicien crédité. On comprend pourquoi en écoutant. La trompette est l'instrument qui se démarque le plus. Le reste de la section rythmique (piano, basse, batterie) est plutôt monotone. Au niveau sonore, on dirait que l'enregistrement s'est fait avec seulement 2 pistes/micros. Un pour la voix (qui ressort très bien) et l'autre pour tout le reste de l'orchestre (qui sonne généralement enterré).



La seconde version est de Guy Denis (pas le  Belge) sur l'étiquette London en 1961. Elle est relativement similaire à l'original. Le nom de famille de l'interprète est le même que celui du compositeur Raymond Denis.  Il n'est pas déraisonnable de se demander s'ils étaient apparentés. Autre étrangeté, la pièce en face B de ce 45t est la même que sur l'original (Route 11).

Sur l'étiquette on peut lire aux crédits musicaux: l'ensemble de Y. Dicair, Georgette à la trompette. On ne peut s'empêcher de sourire en lisant cette phrase.






Bob Robie (Robert Robitaille) en fait une version en 1965 rappelant un peu Fernand Gignac (au niveau vocal).  Il roule ses R, étire ses notes et abuse légèrement du trémolo. Ce style d'interprétation à selon moi mal vieilli. Côté musical par contre, il est très bien accompagné par Roger Gravel et son orchestre.




Roger Gravel fait selon moi la version la plus spectaculaire. Il s'agit d'une version instrumentale de Rob Robie mais dans laquelle on remplace la voix par une trompette supplémentaire. C'est la plus Jazzée de toutes les versions.  Dommage qu'ici le trompettiste ne soit crédité. Quel musicien ! il joue avec une sourdine aux sonorité libidineuse, dans un style rappelant le burlesque. 






Cette pièce a été éditée à deux reprises. On la retrouve en Face B du 45t de Bob Robie sous le titre bilingue de Montreal By Night "Montréal la nuit". Puis Montréal la nuit sur Rusticana également sous le nom bilingue (mais cette fois VF en premier) Montréal la nuit (Montreal by Night).





Finalement en 1967 Michel Como nous fait une version surprenante. Avec Pierre Nolès aux arrangements et orchestre, on est quelque part entre le Yéyé et le Soul. On entend choeur, cuivre, guitare électrique et batterie. C'est tout à fait étonnant. Como nous livre l'interprétation vocale la plus convaincante de tous. On dirait presque Tom Jones .




Mes préférées en ordre d'importance:




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MONTRÉAL + NUIT = ?






En faisant une recherche musicale avec les mots "Montréal" et "Nuit"; il est amusant de constater à quel point ces deux mots ont souvent été utilisés côte à côte dans divers titre de chansons au fil du temps.  Voici quelques uns des autres résultats. 








Premièrement, avec l'expression exacte "Montréal la nuit" vous trouverez un monologue de Tex Lecor de 1972 (sur son album Mon monde à vous). Rien à voir avec la chanson de Raymond Denis mais un touchant hommage à Montréal tout de même.  





Il y a aussi eu "Montréal DANS LA nuit" de Guy Ferber (vers 1966).  Une balade plutôt ordinaire disons-le. Les crédits aux arrangements et orchestre par contre sont de François Larel... probablement une faute d'orthographe désignant François Carel.  Si c'est bel et bien le cas, ce n'est pas une de ses meilleures.






La plus intéressante du lot est peut-être "NUITS DE Montréal" de Jacques Normand datant de 1949. Ce 45t est intéressant pour plusieurs raisons. 


1-C'est la plus vielle référence musicale contenant ces deux mots. 
2-C'est un des tout premiers 45t jamais pressé au Québec. 
3-C'est un vinyle couleur (rouge).  
4-La chanson est fort probablement l'inspiration d'origine pour le "Montréal la nuit" de 1960. 




En écoutant le texte on remarque plusieurs similitudes entre "Nuits de Montréal" et "Montréal la nuit" (la comparaison avec Paris, mention de la place Pigalle ...) .  De plus, Michel Como semblait aussi avoir vu le lien. La preuve, sur son 45t de 1967, il avait mis en face B une version "moderne" de "Les nuits de Montréal" de Jacques Normand. Il modifia quelque peu le texte mais garda le refrain.








Pour ceux qui voudraient entendre la pièce de Jacques Normand datant de 1949, elle est plus facile à trouver sur l'album "Montréal, un portrait musical".  Ce disque de 1967 avait justement pour couverture une photo de Montréal... la nuit.  De plus, deux excellentes pièces Jazz y figurent. La suite de Nick Ayoub: "Montréal est" et "Montréal ouest" (tiré de son album The Montreal Scene).






Pour terminer deux films. Le premier est un court métrage de l'ONF ayant pour titre "Montreal by Night".  Il met en vedette le jeune couple Janette Bertrand et Jean Lajeunesse.  Ce film prit l'affiche en 1947; deux ans avant la pièce de Jacques Normand. J'émets l'hypothèse que Jacques Normand s'en serait possiblement inspiré pour écrire "Nuits de Montréal" (qui à son tour inspira possiblement "Montréal la nuit").



Montreal by Night (1947) by Jean Palardy & by Arthur Burrows, National Film Board of Canada

Le deuxième film est probablement la genèse de cette légende au sujet du "night life" Montréalais. Il sagit de "Rhapsody in Two Languages" (1934) de Gordon Sparling.  C'est le premier film "parlé" qui vante Montréal (la métropole du Canada). 




Il dure 11 minutes et les 3 dernières sont consacré au "Night Life" Montréalais. Vers 8:40, on peut même voir un orchestre Jazz (non identifié). 

Le film mériterait un article en soi tellement il y a matière a discussion. Je ne rentrerai pas dans une analyse de ce bijou mais disons simplement qu'il est tout à fait de son époque de par le style de montage et les effets optiques.  Il est classé aujourd'hui dans la catégorie "City Symphony". Nous sommes en 1934, l'ONF n'existe même pas encore. C'est tout de même incroyable qu'un film d'une telle qualité fut réalisé. Il est fort à parier que le duo ayant réalisé "Montreal by Night" avait vu "Rhapsody in Two Languages" avant de faire leur film 13 ans plus tard. 

La jazzthèque québécoise tient à remercier le site "Le cinéma au Québec au temps du parlant (1930-52)" de mettre ce film en ligne (et bien d'autres) tout à fait gratuitement. Gâtez-vous les yeux de ces belles images du Montréal des années '30. 

En conclusion, "Montréal la nuit" est selon moi le point culminant de tout ces oeuvres l'ayant précédé. 


MP3:

Télécharger les 45t de qui incluent la pièce "Montréal la nuit"
Télécharger les autres chansons contenant "Montréal" et "Nuit"

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Télécharger le LP "Montréal / Un portrait musical"
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